A vrai dire…

Le pardon: deux erreurs courantes, notamment chez les évangéliques et certains charismatiques.
1. Penser qu’on ne doit pardonner que si l’autre vient vous demander pardon;
2. Penser que si on va demander pardon à quelqu’un celui-ci doit vous pardonner…
Commençons par le premier point: Le “Notre Père” ne donne aucune limite au pardon; et quand Pierre demande à Jésus “Combien de fois pardonnerai-je?” il n’est pas spécifié que l’autre est venu vous le demander. Il est vrai qu’un autre passage dit: Si ton frère vient te demander pardon, tu lui pardonneras”; mais cela ne veut nullement dire que dans les autres cas on ne doit pas pardonner. D’ailleurs Jésus, Etienne, et Saint Paul, chacun à leur façon, ont pardonné ou conseillé le pardon par rapport à des gens qui n’avaient absolument pas demandé pardon…
Le pardon nous délivre. Il s’agit d’un acte intérieur, difficile (je vais y revenir à propos du deuxième point), et surtout qui ne consiste pas forcément à aller dire à l’autre qu’on lui pardonne! Car si on est arrivé à pardonner vraiment dans son coeur, on devient capable de voir ce qui est bon pour l’autre: et il n’est pas forcément bon pour l’autre qu’on vienne lui dire qu’on lui pardonne: il faut évaluer la situation, dans chaque cas. Sans compter les cas où l’autre n’a absolument pas conscience qu’il nous a offensé: il n’est pas nécessairement conforme à l’amour d’aller lui dire.
Deuxième point: aller demander pardon est s’engager dans une relation avec l’autre; peut-être d’ailleurs l’a-t-on offensé sur des points bien différents de ceux pour lesquels on vient lui demander pardon (sur tout ce sujet voir les divers textes que j’ai écrits sur le site “Choisis d’aimer”).
S’engager dans une relation avec l’autre, c’est ne pas faire de l’autre une machine automatique qui doit vous pardonner parce qu’on vient le demander; l’autre n’est pas tenu de pardonner! Donc si on va demander pardon, il faut, comme indiqué ci-dessus, que ce soit par amour; et sans attendre de l’autre qu’il vous pardonne nécessairement.
Si on est l’offensé, et que l’autre vient vous demander pardon, on n’est pas du tout obligé de pardonner! L’autre, qui vous a blessé, n’acquiert pas brusquement un pouvoir sur vous parce qu’il a fait cette démarche de pardon. Selon l’itinéraire que l’on suit, on pourra se contenter par exemple de remercier l’autre; mais s’il insiste pour savoir si on lui pardonne, il peut être juste de lui dire - dans ces termes ou dans d’autres - que l’on suit un chemin intérieur de guérison, et que l’on n’en est pas encore sorti. Que l’autre n’apprécie pas, c’est possible; mais chacun doit d’abord être dans la vérité par rapport à son propre itinéraire spirituel. On ne doit rien à l’autre, et on peut même être tout à fait incapable de l’aimer.
Mais il est bon si on le peut, dans une situation de ce genre, de se remettre à l’Esprit, pour qu’il guide nos paroles.



2 commentaires sur “”

  1. pl dit :

    - La phrase de Jésus “Si ton frère vient…, pardonne-lui” indique la direction dans laquelle il faut aller; cela ne veut pas dire qu’on en soit capable à tout moment.
    - J’ai mis “doit” en italique dans la phrase “on ne doit rien à l’autre”. J’entends par là que le comportement chrétien n’est pas une série d’automatismes, où on devrait obligatoirement agir très précisément de telle ou telle façon dans une circonstance donnée.
    Voir sur ces sujets l’excellent livre de Marc Oraison “Une morale pour notre temps” (présenté sur “Choisis d’aimer”).

  2. fdo dit :

    La pardon est une grâce de Dieu : comment pardonner 77×7 fois si on ne cherche pas en Dieu la force de pardonner ? Comment aller voir son frère qui a quelque chose contre nous, comme nous y invite Jésus, si Lui ne nous donne pas le courage d’aller faire la paix ? Humainement, le pardon est difficile à donner avoir d’avoir reçu la demande de pardon. Seul l’amour reçu nous permet d’aimer, le pardon reçu permet de pardonner.
    Demander pardon est un acte nécessaire pour celui qui le fait, pour être en vérité et en paix avec soi même. Le fait d’être pardonné est bien sûr préférable, mais la demande de pardon est un acte fondamental qui suffit dans la mesure où c’est un acte d’humilité et de paix. Dans la confession, Dieu nous demande d’avouer nos fautes, de nommer nos péchés, car il est pédagogique de voir nos faiblesses, nos limites et comment on est trompé. L’aveu nous rend plus humble et nous porte à voir combien nous sommes aimé.

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