A vrai dire…

1 juin 2007

Langue de buis. Notre diocèse vient de terminer son “synode”: un mot qui n’est connu que des chrétiens; enfin, de certains chrétiens. Un mot pour usage interne. Le mot “diocèse” lui aussi est un mot interne… Dans un autre groupe social (je n’ose pas dire dans une association) on parlerait peut-être d’assemblée départementale, expression que tout le monde comprendrait.
Les titres des “priorités synodales” sont typiques de cette “langue de bois”, enfin on dit “langue de buis” c’est plus poli:
“Oser être une église”… avec comme premiers sous-titres
- “pour ouvrir l’Évangile à ceux qui… ” (etc),
- “pour vivre l’Évangile du partage…”,
- “pour célébrer l’Évangile…”,
Et de même ensuite les chapitres du livret contenant les “motions synodales”:
- “un appel à une participation renouvelée à la Pentecôte”
- “un appel à une participation renouvelée à la communion née à la Pentecôte”
- “un appel à une participation renouvelée à l’Esprit de Pentecôte et à la mission”
Pour paraphraser Soeur Emmanuelle s’adressant à Mgr Lustiger: “Mais enfin, est-ce que Jésus-Christ s’exprimait ainsi?”
Est-ce que les pauvres et les petits l’auraient compris?
Entre chrétiens, dans nos paroisses, nous ne parlons déjà pas ainsi! Nous parlons beaucoup plus simplement!
C’est une langue de clercs… Quand aurons-nous, en tant qu’Eglise, une langue simple d’amour, qui parle aux hommes?

31 mai 2007

Tristesse? Le prêtre à la messe aujourd’hui, au moment de la prière pénitentielle, nous invite à demander pardon pour les moments où nous sommes tristes! Qu’est-ce que c’est que cette religion? Est-ce que Jésus lui-même n’a pas été triste, à plusieurs reprises? Est-ce que la tristesse n’est pas un sentiment tout à fait naturel?
Il y a du volontarisme là dedans (mauvais usage de la volonté), et peut-être une confusion avec les “motions intérieures” dont parle Saint Ignace.
“Soyez toujours joyeux” dit Saint Paul (1 Th 5,16). Oui, c’est un objectif spirituel valable. Mais notre chemin dans cette “vallée de larmes” comprend des moments bien naturels de tristesse, de peur, etc.
Au lieu de voir le péché dans tous les sentiments que nous avons, et de nous bloquer intérieurement, voyons le péché dans le manque d’amour du prochain, et cela suffit.

Colère? Oui, en entendant ce prêtre, j’ai été en colère: parce que l’on enseigne aux jeunes (il y en avait beaucoup à cette messe), et aux moins jeunes, des idées erronées. Alors que seul l’amour compte!
Cette colère est-elle un péché? Le père Duval Arnould explique que les passions font partie de la nature humaine, et que le péché, c’est le désordre des passions. On parle parfois de “sain(t)e colère”…

4 décembre 2006

Transcendance… J’écris ce billet après une conférence au cours de laquelle a été évoquée la difficulté de “réunir tous les hommes autour d’une même table” (l’expression est de Michel Serres); de “trouver une façon de parler de la transcendance aux hommes d’aujourd’hui”.

C’est je crois ce que j’ai essayé de faire dans ma “présentation du christianisme“, même si je n’emploie pas le mot transcendance.

Qu’est-ce d’ailleurs que la transcendance? Je me contenterais volontiers dans un premier temps des définitions qui apparaissent dans le “Petit Larousse”:
- C’est ce qui est “d’une nature radicalement autre”, “absolument supérieure”; ce qui est “extérieur au monde”.
- C’est ce qui est au delà de toute expérience possible.

La notion d’absolu change un peu de nature à notre époque, où l’on distingue par exemple en mathématiques plusieurs niveaux d’infinis.
Et qu’est-ce que “le monde”?

Dès lors si quelqu’un comme André Comte-Sponville affirme que “pour le matérialiste il n’y a pas de transcendance, il n’existe que le monde”, cela ne me gêne pas vraiment!
J’ai d’ailleurs déjà indiqué combien me paraissait discutable, spécieuse, l’opposition entre matérialisme et… quoi d’autre d’ailleurs? Le spiritualisme?

Pour moi ce qui est, est! Et il y a probablement une partie de ce réel qui nous dépasse “infiniment”, de même que par exemple notre réflexion dépasse ce qu’une amibe ou même une mouche peut appréhender! On est toujours le transcendant d’une autre espèce (voir aussi le texte 9 d’Approches).

Si donc par transcendant on entend un réel qui nous dépasse, c’est bien ce dont traite mon essai de présentation du christianisme.

On entend aussi parfois par transcendance les vécus intérieurs exceptionnels que tel ou tel homme peut parfois expérimenter: je l’évoque en partie en parlant des “signes” que le chrétien ressent parfois.

19 juin 2006

Découverte progressive de Dieu: la Révélation c’est cela. Le catéchisme parle de “pédagogie de Dieu”, idée importante que les fondamentalistes devraient avoir mieux en tête. Il y a du progrès dans la révélation, et la Bible est à lire en esprit, et non en mettant tous les passages au même niveau: “La lettre tue” (2 Cor 3,6).
C’est un processus où l’homme découvre Dieu, en voyant sa présence dans une histoire souvent très humaine. Cependant je ne pense pas qu’on doive dire comme Saint Irénée (cité par le catéchisme) qu’il y a “accoutumance mutuelle entre Dieu et l’homme”; cette façon de parler paraît bien anthropomorphique!
La découverte de Dieu par l’homme se poursuit. Même si l’Eglise a pris l’habitude de dire que la Révélation est achevée, et que Dieu s’est révélé “pleinement” en Jésus-Christ (catéchisme paragraphes 66 et 73), la réalité est différente! J’en prends pour témoin une interview du cardinal Ratzinger peu avant son élection au pontificat:
Considérer la Révélation “comme un trésor de vérité complètement révélée, auquel on ne peut rien rajouter” est “une compréhension intellectualiste et réductrice”. (..)
“(Avec) la venue du Christ (..) s’est ouvert un nouveau mode d’introduction de l’homme dans la vérité tout entière, comme dit Jésus dans l’Evangile de saint Jean, où il parle de la descente du Saint Esprit. (..) La christologie pneumatique du dernier discours d’adieu de Jésus dans l’évangile de saint Jean est très importante (..), le Christ y explique que sa vie corporelle sur terre n’était qu’un premier pas. La vraie venue de Jésus se réalise au moment où lui n’est plus lié à un lieu fixe ou à un corps physique, mais comme le Ressuscité dans l’Esprit capable d’aller à tous les hommes de tous les temps pour les introduire dans la vérité d’une manière toujours plus profonde.”

Oui, le Saint Esprit est là, et Dieu se révèle par lui! L’expression “la Révélation est close avec la mort du dernier apôtre” n’est d’ailleurs pas reprise par le catéchisme, et c’est tant mieux.
Je ne parle pas ici des “révélations privées”, pour lesquelles il est sans doute dommage d’utiliser le même mot! Je parle de la révélation que Dieu continue à faire de lui-même à travers l’histoire des hommes et des églises. Notre idée de Dieu n’est certes pas la même que celle des premiers chrétiens.
Dire, comme Saint Jean de la Croix, cité par le catéchisme, que “Dieu n’a plus rien à dire” me paraît sidérant!
Le Christ est “ce que nous pouvons voir de Dieu”. Mais l’Esprit est ce que nous pouvons, génération après génération, entendre de Dieu.

16 juin 2006

“Quiconque regarde une femme de façon à la désirer”.. (Mt 5,28): j’aime cette traduction de la Bible Segond. La traduction liturgique dit “regarde une femme et la désire”, ce qui revient à supposer que le désir est quelque chose que l’on contrôle.
Il faut insister sur le fait que le désir est loin d’être mauvais, comme dans un autre domaine l’appétit! Cela fait partie des dimensions normales de la personne humaine. Peu de chrétiens le reconnaissent!
Pourtant c’est vrai qu’il y a plusieurs façons de regarder un autre être humain; et notamment comme un objet… Le désir est à intégrer dans une attitude globale de relation vraie d’amour.

“Merci, pardon, s’il te plaît”: cette “prière d’alliance”, sur une variante de laquelle j’ai mis un texte sur un de mes sites, me paraît manquer d’une dimension essentielle, la remise de la journée future entre les mains du Seigneur, c’est à dire la confiance en l’Esprit pour que la journée soit ce qu’elle sera, et peut-être bien différente de ce que j’avais envisagé.
“Viens agir en ma vie, Seigneur!”

14 juin 2006

Appelés à participer à la nature divine! Chaque mot a une large gamme de significations, et en même temps notre langage est limité et il ne faut pas pousser trop loin les métaphores, pourtant inévitables. J’aime cette affirmation de 2 Pierre 1,4: “… que vous deveniez participants de la nature divine”. Cela peut être compris comme une progression ou une promesse; le catéchisme, citant la constitution conciliaire Dei Verbum, dit au présent: “nous sommes rendus participants”. C’est la question du “déjà” et du “pas encore” :-) .
Nous montons vers Dieu et, c’est ma conviction, nous continuerons à monter après la mort. Nous sommes appelés à devenir semblables au Christ. On dit parfois que nous sommes “d’autres Christs”; en tout cas nous sommes appelés à l’être.
Le Nouveau Testament insiste sur le fait que nous sommes les membres du corps du Christ.
“Dieu, écrit le catéchisme, veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L’aimer au-delà de tout ce dont ils seraient capables d’eux-mêmes.”
Oui pour le début; mais l’expression “capables d’eux-mêmes” renvoie implicitement à une définition “limitée” de l’homme, où ce ne serait en somme plus nous qui agirions quand la grâce agit en nous…
Pour moi, il s’agit toujours de nous… et il s’agit toujours de Dieu, depuis les débuts de l’humanité!
Ce que nous devenons et deviendrons se développe, par Dieu qui nous a créés et qui nous veut libres. L’aide de Dieu nous fait grandir au-delà de ce dont nous serions capables sans elle; mais c’est bien de nous dont il s’agit.

13 juin 2006

Dessein bienveillant? Le catéchisme utilise ce titre en tête de la partie où il décrit le développement de la révélation à travers les siècles. Comme cette expression me gêne - je dirai pourquoi après - j’ai été regarder si elle était dans l’écriture. Le verset qui est parfois traduit ainsi en français est Ephésiens 1,9. Mais le texte grec parle en réalité du “bon plaisir” de Dieu, ce qui n’est pas du tout la même chose.
Pourquoi cette expression me gêne-t-elle? A cause de la question du mal dans le monde, pour laquelle de bons auteurs s’accordent maintenant à reconnaître que nous n’avons pas d’explications: Jésus nous a dit comment agir par rapport au mal, il ne nous a pas dit pourquoi il y a le mal.
Allez expliquer à une maman qui vient de perdre son fils de 5 ans dans d’affreuses souffrances que Dieu a un dessein merveilleux sur l’humanité! Ce serait directement contraire à l’amour; ce ne serait pas parler en vérité.
Je suis d’accord, parce que je vis de la foi, que le dessein de Dieu est merveilleux. Mais je ne sais pas pourquoi il passe par ces souffrances, et je trouve que le mot “bienveillant” - non biblique comme on vient de le voir - est inadapté.
Comment parler, alors, du plan de Dieu? A-t-on besoin d’un adjectif?
“Dieu nous a fait connaître le mystère de son dessein”.
Il reste largement un mystère.

12 juin 2006

Parler de Dieu? Les paragraphes 39 à 43 du catéchisme ainsi que l’abrégé semblent reprendre des approches théologiques traditionnelles disant que l’on peut parler de Dieu aux hommes “à partir des multiples perfections des créatures”; il s’agit-là en somme d’un Dieu “extrapolé”. Je doute que cela intéresse ou convainque grand monde aujourd’hui; mieux vaut parler de Jésus-Christ!
Le texte plonge un niveau plus loin dans l’irréel en utilisant des expressions dont je ne sais d’où elles sortent, comme quoi notre langage “atteint Dieu lui-même”, et peut “nommer Dieu avec certitude” (!) Est-ce un problème de traduction par rapport à des versions en d’autres langues qui seraient plus claires?
La citation de Saint Thomas me paraît elle aussi datée: “(nous pouvons) saisir de Dieu (…) comment les autres êtres se situent par rapport à Lui”. Non, vraiment, je ne crois pas qu’on puisse dire grand chose à ce sujet!
Deux affirmations essentielles demeurent: “Ne pas confondre Dieu avec nos représentations humaines”, et “sans cesse purifier notre langage, (..) limité, imagé et imparfait”.

11 juin 2006

Raison, mystère de Dieu, foi: le catéchisme estime (paragraphe 35 et suivants) que si l’homme n’avait pas la capacité de conclure à l’existence de Dieu, il ne pourrait pas accueillir la révélation.
Il dit aussi que “les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l’incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu’elles soient vraies”; et donc que l’homme a besoin d’être éclairé par la révélation de Dieu, même sur “les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison”.
Le texte semble diviser le réel en deux catégories: “ce qui de soi n’est pas inaccessible à la raison” (cf. ci-dessus), et “ce qui dépasse l’entendement de l’homme” et lui serait connu par la révélation. L’usage du mot “entendement” est curieux. Le fait que Jésus soit amour au point de mourir sur la croix dépasse-t-il l’entendement de l’homme? Je ne le crois pas; et pourtant ce n’était évidemment accessible que par la révélation. Et si les “mystères” tels celui de la Trinité dépassent effectivement l’entendement de l’homme, ils ne le dépassent pas totalement, sinon on ne pourrait même pas en parler…
Les relations entre foi et raison sont brièvement évoquées: “Dieu nous donne la grâce de pouvoir accueillir la révélation dans la foi”; “les preuves de l’existence de Dieu peuvent (..) aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison”. Le catéchisme semble affirmer que la foi est nécessaire, et non la simple raison, pour accepter la révélation.
Cette opposition foi-raison diffère sensiblement de ce qui est retenu me semble-t-il par B.Sesboüé dans son livre “Croire”, et de ce que je propose dans mon début de présentation du christianisme: tout, dans la vie, est objet de convictions et de confiance; la foi, au premier stade (”je crois que Jésus est l’envoyé de Dieu” etc.) n’est que l’application de cette confiance à un domaine particulier. Ensuite, la foi comme relation personnelle avec Dieu est évidemment d’autre nature. Comme toute relation d’amour.

10 juin 2006

En étudiant les premiers paragraphes du catéchisme de l’Eglise catholique et de sa version abrégée, il me semble y trouver - un peu mélangées - des questions et des affirmations dont les unes sont philosophiques et les autres théologiques.
Je passe sur le prologue, résumé par le catéchisme abrégé en un paragraphe où l’on retrouve l’affirmation classique mais contestable de l’homme “tombé dans le péché”; j’ai déjà pas mal écrit à ce sujet. Et j’en viens au chapitre 1.
Le titre de ce chapitre est: L’homme est “capable” de Dieu. Curieuse expression; j’ai d’ailleurs depuis longtemps un adage: quand il y a des guillemets autour d’un mot, l’auteur sait (on peut l’espérer) ce qu’il veut dire… mais le lecteur, lui, ne le sait pas!
Les sujets traités sont à la fois: “Il y a en l’homme le désir de Dieu” (j’y reviens ci-dessous), “On peut connaître l’existence de Dieu avec la seule lumière de la raison”, “La révélation est néammoins nécessaire”, et “On peut parler de Dieu aux hommes à partir des perfections des créatures”.
On notera en outre que les paragraphes “en bref” (44 à 49) à la fin du chapitre contiennent des affirmations qui ne figurent pas dans le texte développé: par exemple que “les croyants se sentent pressés par l’amour du Christ…”.

Y a-t-il en l’homme le “désir de Dieu”? Le catéchisme abrégé élude la question et titre directement “Pourquoi y a-t-il en l’homme le désir de Dieu?” Il répond en substance que c’est parce que Dieu a inscrit ce désir dans le coeur de l’homme; réponse théologique, bien dans la ligne d’un catéchisme par questions-réponses. Le catéchisme détaillé, tout en commençant par cette même affirmation, parle ensuite de la quête de Dieu par l’homme à travers toutes les religions, et du fait que l’homme peut très bien “oublier” l’existence de Dieu.
L’expression “désir de Dieu”, au total me gêne. Si on essaie de comprendre comment raisonnaient les hommes primitifs, l’existence de forces supérieures allait de soi et ils ont vite imaginé que l’on pouvait se les concilier. C’est la révélation de Dieu à Israël qui a peu à peu purifié cela.
Il me semble que le catéchisme veut essentiellement affirmer qu’un “rapport intime et vital unit l’homme à Dieu”, et que “Dieu ne cesse d’appeler l’homme”. Pourquoi pas en effet.

Les arguments en faveur de l’existence de Dieu constituent le bref sous-chapitre suivant, résumé comme suit dans l’abrégé: “Par sa seule raison, l’homme peut avec certitude connaître Dieu comme origine et fin de l’univers, comme souverain bien, et comme vérité et beauté infinie”.
Avec certitude! Le texte détaillé est plus subtil: “l’homme qui cherche Dieu (c’est moi qui souligne) découvre certaines ‘voies’ (..), arguments convergents et convaincants qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes”. Le texte “en bref” dit de son côté: “Quand il écoute le message des créatures et la voix de sa conscience, l’homme peut atteindre la certitude de l’existence de Dieu, cause et fin de tout.”
J’ai cité par ailleurs ce que dit le “Vocabulaire de la philosophie” à propos du mot “certitude”.
Au total je me contenterais bien du titre retenu par le catéchisme détaillé: il s’agit de voies d’accès. Et non de preuves comme celles que cherchent les sciences naturelles, ajoute-t-il également.