Aimer, approches (blog)

17-6-2008

Qu’est-ce qu’un “fait”?

Catégorie: Approfondissement — Ph.L @ 16:58 Modifier

Il m’arrive d’employer l’expression “le fait Jésus”, ou même “le fait que constitue la résurrection de Jésus”. Certains de mes interlocuteurs tiquent, considérant que l’on n’est pas ici dans le domaine des faits mais dans celui de la foi… Voyons cela de plus près.

Le “Vocabulaire de la philosophie” d’André Lalande, qui reprend les travaux de la Société française de philosophie, donne la définition suivante: “Fait: Ce qui est ou ce qui arrive, en tant qu’on le tient pour une donnée réelle de l’expérience, sur laquelle la pensée peut faire fond”.

Les mots-clefs dans cette définition sont assurément “on le tient pour” !
Tant il est vrai que la perception et les convictions jouent un rôle dans ce que l’on accepte comme étant vrai, comme ayant une existence. Ainsi dans le domaine du nazisme il y a, on le sait, des “négationnistes”.
Galilée, et sans doute aussi aussi Christophe Colomb, ont affronté des gens qui ne croyaient pas qu’ils décrivaient des faits.

Pour certains faits, il faut s’en remettre au témoignage de tiers: par exemple même si je n’ai pas vu un accident, je peux savoir qu’il a eu lieu (c’est un fait pour moi), en raison des personnes qui m’en ont parlé.
La notion de fait, ajoute le Lalande, quand on la précise, se ramène à un jugement d’affirmation sur la réalité extérieure“.

L’existence de Jésus est maintenant généralement admise. Les grandes lignes de sa vie, et son enseignement tel que décrit par le Nouveau Testament, sont généralement acceptés comme des faits.
Pour un croyant, ce qu’a été Jésus comprend aussi l’affirmation de sa divinité: avec les apôtres, les chrétiens sont convaincus que Jésus s’est bien présenté comme le Fils de Dieu. C’est donc pour eux un fait que Jésus a affirmé cela.

C’est tout cet ensemble que j’appelle le fait Jésus: un fait dont le non croyant n’accepte qu’une partie, mais qui pour moi est avéré.

Il en va de même pour la résurrection. Je crois que c’est un fait, c’est à dire qu’elle a bien eu lieu.

 

5 commentaires

  1. Je suis bien ton raisonnement, je reste pourtant très réticent à qualifier de “fait” la résurrection de Jésus.
    Pour moi, un fait est une réalité objectivement constatable. Si tu contestes ce que je considère comme un fait c’est que tu doutes de ma juste perception ou de ma bonne foi soit. Mais tu pourras chercher à constater par toi-même la réalité du fait. Et si tu ne la constates pas tu pourras à juste titre prétendre que “ce qui m’apparaît comme un fait”, n’est qu’un mensonge ou une illusion.
    En ce qui concerne la résurrection, supposons que Pilate ou Hérode ait été présents au “bon” moment lors d’une apparition du Ressuscité aux disciples…. Je crois qu’ils n’auraient rien vu. Pas plus qu’une caméra n’aurait rien filmé. Ce n’est donc pas un “fait”.
    La résurrection est une affirmation de foi qui suppose adhésion, expérience subjective et non simple constatation. Je ne peux donc pas la présenter comme un fait.
    J’espère que tu parviens à me comprendre.
    :-)
    JP

    Comment by Jean-Pierre Nave — 18-6-2008 @ 6:08 | Edit This

  2. Merci Jean-Pierre!
    On pourrait déjà dire que pour constater un fait il faut parfois avoir les bons instruments… Le coeur (ouvert à l’amour) est-il un instrument?

    Faut-il déduire de ton commentaire, bien que tu ne le dises absolument pas :-) , que tu ne considères pas que Dieu soit “réel”?

    Pour moi les faits couvrent tout ce qui se passe, y compris si moi seul le ressens. Par exemple si quelqu’un a dit une parole qui m’a blessé quand j’avais dix ans, cela a marqué ma psychologie, c’est un fait.

    Il s’agit ici de toute la question des “signes”: impalpables, ne prenant sens en effet que dans la foi, ils dessinent cependant pour chacun de nous comme un chemin, des traces de la présence de Dieu. La présence de Dieu dans ma vie, dans nos vies, est-elle un “fait”? Par ses conséquences, sans aucun doute, même si on ne devine de Dieu que la trace de son passage, et même si on ne peut jamais dire avec certitude “c’était lui!”.

    Comme dit l’aveugle-né: “Si cet homme est un pécheur, je ne le sais pas; ce que je sais, c’est qu’il m’a ouvert les yeux” (Jn 9,25). Quand les yeux de mon coeur s’ouvrent, c’est un fait. La conviction des apôtres est un fait, et en effet c’est peut-être là tout ce qu’on peut dire du “fait résurrection”.

    Paul dit “Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vide” (1 Co 15,14); n’est-ce pas considérer la résurrection comme un fait?

    Comment by Ph.L — 18-6-2008 @ 7:13 | Edit This

  3. Il faut donc que j’ajoute que la réalité ne se limite pas aux “faits”…. Je ne doute pas que ce que tu évoques (Dieu, la résurrection etc…) soit bien réel pour toi (pour moi aussi), mais cela ne tombe pas sous les sens et n’est en rien contraignant comme le serait un “fait” constatable.
    Je ne suis pas philosophe, mais je crois que tout cela nous renvoie aux théories de la connaissance… Je te soupçonne d’être plus thomiste que kantien… (ce n’est pas grave ! on n’en meurt pas ! :-) )
    JP

    Comment by Jean-Pierre Nave — 18-6-2008 @ 18:40 | Edit This

  4. Commentaire reçu par mel:

    Je suis d’accord avec toi pour inclure dans l’établissement de “faits” la dimension de l’observateur qui rend un témoignage fiable; il me semble que la physique actuelle en est aussi arrivé là. Cela va évidemment contre une prétendue “objectivité” des faits, dans un réalisme pur, et rappelle la dimension herméneutique de tout énoncé humain, qu’il concerne le donné physique ou l’histoire. Un champ vraiment intéressant pour cela est l’archéologie : on voit bien que les “faits” archéologiques sont à la fois établis (les objets trouvés dans les fouilles) et interprétés (la lecture donnée par l’archéologue, accueillie ou pas par la communauté scientifique).
    Si l’on en vient à Jésus, je suis d’accord pour parler du “fait Jésus”, la dimension d’un témoignage fiable peut être contestée, mais il me semble que les travaux récents (comme ceux de John P. Meier) permettent à tous d’accueillir la crédibilité de la naissance, vie et mort de Jésus de Nazareth, même si cela n’entre pas directement dans la définition du Lalande “donnée réelle de l’expérience”.
    Pour ce qui est de la résurrection, je la tiens pour un événement transhistorique, qui sort des limites de l’existence humaine, des “données réelles de l’expérience”; les récits évangéliques, surtout Luc et Jean, cherchent certes à rendre “réelle” l’expérience des apparitions aux disciples, mais la résurrection même de Jésus échappe au récit. Il me semble que le témoignage rendu à la résurrection est par conséquent plus faible que celui à sa vie et mort; j’hésiterais donc un peu plus à parler du “fait de la résurrection”, sans pour autant parler d’ “hypothèse de la résurrection”, d’où mon emploi du mot “événement”.

    Comment by FD — 30-6-2008 @ 18:09 | Edit This

  5. Suite au commentaire 4:

    Merci, FD, de ce commentaire utile!
    Tu introduis à juste titre les notions de “témoignage fiable” et de “résurrection qui échappe au récit”.
    Une difficulté de ta proposition (mot “événement”) est que pour le Lalande les événements sont une des catégories de faits.

    Je déduis de tes remarques qu’il y a les faits qui peuvent faire l’objet d’un récit, et ceux (notamment les signes spirituels) qui sont impalpables et pourtant efficaces pour changer la vie de ceux qui ont la conviction de les avoir perçus!
    C’est un fait - psychologique - pour eux, et pour ceux qui les croient.

    J’ajoute encore ceci: le récit des pélerins d’Emmaüs dépasse quand même le simple “signe impalpable”… Mais sans doute les exégètes le considèrent-ils comme une construction théologique, un récit fictif? Cléopas n’aurait jamais existé?

    Comment by Ph.L — 30-6-2008 @ 18:19 | Edit This

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