Aimer, approches (blog)

21-6-2008

Delumeau: “Un christianisme pour demain”

Catégorie: Ouvertures — Ph.L @ 10:59 Modifier

Je connaissais bien sûr le nom de Jean Delumeau, et j’ai “La plus belle histoire du bonheur”, qu’il a écrit avec André Comte-Sponville et Arlette Farge. Mais c’est en parcourant au hasard les “premiers chapitres” proposés en ligne par les éditions Grasset que j’ai découvert “Guetter l’aurore” (2003) et “Le christianisme va-t-il mourir?”(1977) , regroupés maintenant sous le titre “Un christianisme pour demain”.

“Guetter l’aurore” examine en une série de textes très clairs la situation actuelle du christianisme ainsi que - c’est ce qui m’a surtout intéressé - “la pertinence scientifique du rejet de la transcendance”, l’idée de péché originel, diverses questions théologiques controversées, et enfin l’oecuménisme et l’interreligieux.

Ne pouvant évoquer tous les aspects de ce livre dense, je veux mentionner particulièrement les chapitres 3 et 4, qui essaient de montrer que “l’univers et l’homme ne sont pas le produit du hasard”. Comme le dit un biologiste qu’il cite, “la finalité est une dame sans laquelle aucun biologiste ne peut vivre, mais qu’il est honteux de montrer avec (soi) en public”. Citant de nombreux scientifiques, et prenant notamment l’exemple de l’embryon, dont le développement réalise un programme c’est à dire un projet, Jean Delumeau décrit l’évolution comme un fleuve qui se fraie un chemin en fonction des contingences multiples qu’il rencontre, mais qui a bien pour projet la vie, puis l’intelligence. Que nous ne sachions pas où est le “programme” qui conduit cela (alors que pour l’embryon nous commençons à le connaître) ne change rien à l’existence probable d’un tel programme. [Cette dernière idée ne figure pas telle quelle dans le livre, mais il me semble qu’elle traduit bien ce qu’il explique notamment p. 63 ].

Le reste du livre et le livre “Le christianisme va-t-il mourir?” évoquent tout un ensemble de questions, les unes analogues à celles que présentait Jacques Duquesne dans son “Jésus”, mais exprimées avec plus de nuances, et les autres voisines de certaines de celles que je présente dans mon texte “Approches“. Notamment sur l’indispensable tolérance à introduire entre églises chrétiennes, pour accepter la diversité au sein d’une même chrétienté enfin réunie.

Les réflexions historiques sont nombreuses et très utiles: par exemple sur le caractère relatif de la christianisation au Moyen Age, et l’apport des deux réformes, protestante et catholique; et aussi sur les mises en garde qui n’ont pas manqué à l’Eglise au cours des siècles contre son attitude de pouvoir temporel. Le premier procès qui a été fait à Luther, indique Delumeau, l’a été devant un tribunal chargé des questions financières! Normal, puisque l’action de Luther risquait de diminuer les ressources…

A travers toutes ces réflexions, dont il est impossible de faire entrevoir ici la richesse, Jean Delumeau propose au total une vision modérément optimiste. La situation actuelle, écrit-il notamment, représente un “retour au bon sens”. “Elle sera un bien si, grâce à elle, la Parole de salut est désormais présentée dans l’humilité, la pauvreté et la charité à des gens libres de la refuser”.

 

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