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Hommes et femmes chez les Bayaka (et ailleurs?)

 
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Amigo



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MessagePosté le: Lun Juil 17, 2006 15:40    Sujet du message: Hommes et femmes chez les Bayaka (et ailleurs?) Répondre en citant

N'dzoko est un homme de la tribu Yaka. Cette tribu est régie par le système matriarcal. Au contraire des Bayaka et de tant d'autres tribus, de nombreuses régions africaines connaissent le système patriarcal.
N'dzoko est marié avec Mwadi et lui a donné “plusieurs ventres”, des filles et des fils. Mais conformément à la tradition de sa tribu, il n'a aucune autorité sur ses propres enfants. Cette autorité est exercée par les frères de son épouse. Quelle sont les raisons de cette situation étonnante, du moins pour nous, Occidentaux ?

La réponse traditionnelle est, que seule la femme est à l'origine de la vie. C'est elle en effet qui porte l'enfant pendant 9 mois, le nourrit de son sang et le fait grandir dans son ventre, le met au monde et l'allaite pendant plusieurs années. Elle a avec son enfant, avant comme après la naissance, une intimité qui n'a pas d'équivalent sous nos latitudes. Aussi, tout Africain, enfant ou adulte, a un amour viscéral et sans bornes pour sa mère, un attachement qui dépasse tout ce qu'il peut ressentir de respect, même pour ses oncles maternels. La femme constitue la seule vraie valeur de la tribu parce qu'elle seule peut reproduire et entretenir la vie, ou comme le diraient les Noirs, transmettre “la force vitale”. Il y a des moments où le respect pour la vie que portent les femmes en elle devient palpable ; j'en ai été témoin à la fin d'une cérémonie de baptême d'adultes. J'en ai parlé dans mon livre “Au-delà de la Peau”.

N'dzoko, contrairement à Mwadi, se sent presque comme un étranger par rapport à ses enfants. La tradition lui dit que par son sperme, il n'a fourni qu'un facteur déclenchant le processus de vie et rien d'autre. Sa condition d'homme est d'autant plus frustrante qu'il a dû travailler dur pour rassembler la dot, quelques chèvres et des pièces d'étoffe, à payer aux frères de la femme, pour acquérir le droit de se marier coutumièrement avec Mwadi et la prendre chez lui. Par la suite il doit continuellement veiller au bien-être de son épouse, sinon celle-ci risque de retourner vivre avec ses enfants auprès de ses frères.

Dans les conditions de vie qui sont les siennes, il est facile à comprendre que N'dzoko, malgré toute sa bonne volonté, doit chercher des compensations. Heureusement sa soeur a mis au monde un enfant. Il en sera le vrai “père” et exercera sur lui toute l'autorité d'un père comme dans le système patriarcal. N'dzoko, tout en étant un homme bon et compréhensif, souffre encore d' autres manques. Et l''autorité qu'il a sur les enfants de sa soeur ne suffit pas à apaiser une sorte de jalousie qui le taraude. Car il est frustré de plusieurs autres façons encore.

L'homme a, heureusement pour lui, un atout que la femme n'a pas. Il a une force physique qui est, la plupart du temps, bien supérieure à celle de la femme. N'dzoko a la force d'abattre des arbres dans la forêt et de transporter les troncs jusqu'au village pour la construction de la case. Mwadi ne peut que ramasser du bois mort pour le feu. Une femme sans mari n'a pas de toit à elle pour s'abriter et protéger ses enfants contre les intempéries.

Malheureusement, qu'il soit Africain ou Européen, N'dzoko ou Monsieur Dupont, l'homme abuse trop souvent de sa supériorité physique, non pas pour travailler davantage que son épouse, mais pour laisser faire ou imposer à celle-ci, et aux femmes en générale, tout ce qui lui semble pénible ou fastidieux. Commander, parader, il aime, oui ! Mais il aime beaucoup moins travailler et se fatiguer.

Souvent j'ai été témoin en Afrique de la scène suivante : Une famille africaine déménage. Pas de camion de déménagement, évidemment ! L'inventaire des biens est d'ailleurs vite fait et tout se fait à pied, parfois sur des centaines de kilomètres. Heureusement qu'il y a partout de la famille plus ou moins proche et un gîte pour la nuit. L'homme marche devant, une machette à la main comme seul bagage. Son épouse suit à quelques mètres derrière lui avec tous leurs biens. Sur sa tête les nattes et les casseroles, sur le dos un bébé et à chaque main un ou deux petits qu'elle aide à tenir le rythme imposé par le mari. Notre jugement de Blancs est vite fait : “Ah, ces hommes Yaka!”

Un jour j'ai demandé à un vieux chef pourquoi on accepte cette “injustice” ? Sa réponse était spontanée et apparemment sincère : “Qui protégera la femme et les enfants, si l'homme ne marche pas devant pour chasser les esprits mauvais avec sa machette ?” Quelle est la part de supercherie et de sincérité dans cette réponse ? Je connais assez l'Afrique pour éviter un jugement trop rapide, car dans cette partie du monde les conditions de vie sont tellement complexes, tellement difficiles et tellement différentes des nôtres ! Il y a certainement de l'abus, quand certains hommes se désignent eux-mêmes comme des “êtres humains (bantou)” alors que les femmes sont pour eux simplement des “femelles”.

N'dzoko aussi, comme beaucoup d'autres de ses compagnons d'infortune, suit la mentalité ambiante, tout en étant très amoureux de Mwadi. Et Mwadi est elle aussi très heureuse avec son mari, malgré toutes les tâches qu'elle doit assumer comme épouse. Sans se plaindre, elle fait tous les travaux physiquement à sa portée, le ramassage du bois de chauffage, la corvée d'eau, les travaux des champs, le sarclage autour de la case, la cuisine, le soin des enfants, etc..., pendant que N'dzoko affûte sa machette pour aller couper des petits troncs d'arbres pour une nouvelle clôture, par exemple.

En règle générale la femme se soumet à l'autorité de son mari, surtout lorsque celui-ci est bon, travailleur et équitable comme N'dzoko. Mais il y a aussi des hommes paresseux ou méchants et querelleurs, comme il y a des femmes au tempérament bien trempé qui tiennent tête à leur mari. Cela peut créer toutes sortes de situations.

La situation la moins favorable à l'homme consiste à battre sa femme. Il a mis le doigt dans un engrenage dangereux. Sa renommée est faite une fois pour toutes chez les femmes. Beaucoup de maris mécontents optent pour une solution intermédiaire moins brutale. Ils refusent la nourriture que leur épouse leur apporte. C'est très vexant pour elle, mais cela ne peut durer très longtemps, à moins que le mari ait une position de repli, un amour secret avec une femme vagabonde par exemple.

En fait Mwadi, comme beaucoup de femmes Yaka, n'est donc pas spécialement malheureuse. Tout aurait été différent si elle avait été stérile. La stérilité est la pire des choses qui puissent arriver à une femme africaine. En disant cela, je pense avec émotion à Christine Mulambwa, mon ancienne amie. Qu'est-elle devenue entre temps ? Elle doit avoir 60 à 65 ans, si elle est encore en vie.

Pour être sûr qu'elle peut avoir des enfants, N'dzoko a vécu avec Mwadi à l'essai pendant quelques années ; c'est la règle. Si Dzoko avait été chrétien, les missionnaires lui auraient dans ce cas refusé les Sacrements. Mais cela n' aurait pratiquement pas eu d'effet. Le raisonnement Yaka est en effet limpide ; pour eux la femme a une valeur “marchande”, -n'a-t-elle pas coûté plusieurs chèvres et des pièces de tissus ?- et cette valeur réside dans sa fertilité. Nous pouvons en être choqués, mais nous devons admettre, que dans un pays où il n'y a pas de Sécurité Sociale, ni de maisons de retraite, les enfants sont une richesse inestimable pour le temps de la vieillesse.

Nous pourrions ajouter, pour dédramatiser et relativiser un peu la situation, que l'homme, lui, n'a même pas cette valeur (marchande)-là. Et regardons comment la cohabitation avant le mariage est entrée dans les moeurs chez nous , certes pour d'autres raisons que je n'ai pas à analyser ici. Le temps est passé où le missionnaire (ou le prêtre chez nous) pouvait imposer son jugement.

Restons encore un instant dans le domaine de la fertilité. Supposons que les enfants de Mwadi aient tardé à naître. Les choses se seraient compliquées et des palabres auraient été engagées entre les deux familles. Avant d'admettre la stérilité de Mwadi, leur soeur, ses frères seraient allé consulter le guérisseur pour trouver auprès de lui un remède efficace, ou encore, pour prouver par l'intermédiaire du tribunal coutumier, ou par tout autre moyen, que c'était la faute à Dzoko s'il n' y avait pas d'enfant en vue, car la stérilité peut aussi être due au mari. Mais une fois la stérilité de Mwadi établie, elle aurait été renvoyée dans sa famille et la dot aurait été restituée. Mwadi ne serait alors plus rien. A elle cette fois de chercher une solution pour survivre, p.ex. un mari volage ou le célibat forcé avec tout ce que cela peut comporter de précarité.

On dit couramment au sujet des femmes qu'elles sont bavardes. Qui pourrait le contester ? Mais comme dans tous les domaines, on doit ici également apporter une nuance. Dans la sphère publique les hommes monopolisent partout presque tous les débats. En Afrique ce sont les palabres auxquelles ne participent que des hommes ; quoi de plus normal alors que les femmes se rattrapent un peu dans la vie de tous les jours ? Toutes les instances de décision sont en Afrique coutumièrement dans les mains des hommes. C'est injuste, mais cela s'explique, comme nous venons de le voir. Il faut bien que les hommes aussi occupent le terrain et se donnent de l'importance. Et ils ne le font pas trop mal. pas pour le travail où les femmes les battent dans tous les domaines.

Il y a chez nous une O.N.G., Partage Tiers-Monde du Val d'Azergues (P.T.M.V.A) dont le siège se trouve dans notre village. Elle travaille pour le développement d'une Région au Sud-Est du Burkina-Faso. La Directrice de cette O.N.G., Marie-Michèle Ravier, me disait récemment qu'avec les femmes il n' y a jamais de problème. Elles gèrent parfaitement leur moulin à mil ; les cotisations sont régulièrement payées, les réparations effectuées. Elles font même des bénéfices qu'elles investissent dans d'autres projets qui marchent également bien. Par contre, le puits et la pompe dont les hommes ont la gestion est depuis longtemps en panne et les femmes doivent, comme avant, aller chercher l'eau à plusieurs kilomètres chaque jour. Bref, les femmes savent s'organiser, et ne sont pas avares de leur temps. Par le Secours Catholique je sais que dans tous les pays du monde les femmes mènent avec succès des micro-projets. Elles sont l'âme du développement. Elles ont l'art innée de l'adaptation aux conditions changeantes de la Société moderne.

Au crédit de l'homme Yaka, pour revenir à lui, il faut mettre le développement de l'art de la parole, aidé en cela par la coutume des palabres, des contes. A leur actif aussi, la lente organisation des règles coutumières adaptées aux conditions de vie difficiles, l'éclosion d'un système clanique relativement équitable, à part la polygamie, la grande sagesse qui se manifeste dans les innombrables dictons et proverbes, la transmission du savoir, acquis par les ancêtres, par le biais d' histoires pleines de drôlerie et de finesse, la fabrication des masques et l'organisation des fêtes ou du rituel funéraire. La liste complète serait longue .
.
Je crois sincèrement que partout dans le monde, les hommes, hommes et femmes confondus, ont su s'adapter, tant bien que mal, aux conditions climatiques et envi-ronnementales de leur lieu d'habitat. Et c'est bien grâce au génie propre de chacun des deux sexes.

QUELQUES GRAINS DE FOLIE

Un peu de logique maritale : 1) Le mariage est une institution. 2) Le mariage c'est l'amour. 3) L'amour est aveugle. ... Donc le mariage est une institution pour les aveugles. / Quand un homme est fou d'une femme, il n'y a qu'elle qui puisse le guérir de sa folie. (Proverbe Chinois) / Un homme peut être amoureux comme un fou, mais non pas comme un sot. (La Rochefoucauld)

Amigo
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Rebecca



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MessagePosté le: Lun Juil 17, 2006 17:55    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour Amigo,

Citation:
La Directrice de cette O.N.G., Marie-Michèle Ravier, me disait récemment qu'avec les femmes il n' y a jamais de problème. Elles gèrent parfaitement leur moulin à mil ; les cotisations sont régulièrement payées, les réparations effectuées. Elles font même des bénéfices qu'elles investissent dans d'autres projets qui marchent également bien. Par contre, le puits et la pompe dont les hommes ont la gestion est depuis longtemps en panne et les femmes doivent, comme avant, aller chercher l'eau à plusieurs kilomètres chaque jour.


Je ne suis pas vraiment étonnée par l'anecdote ci-dessus, l'histoire du puit confié aux hommes qui est inutilisable après quelques temps est un "classique". Quand je lis cela je me dis : que se passe-t-il quand le puit ne marche plus parce que les hommes l'ont mal entretenu ? Les femmes vont chercher de l'eau.

Ça ne te fait pas tilt ? Si l'eau, dans la répartition des tâches hommes-femmes, est une affaire de femme, cela me pousse à me demander qui au juste a décidé de confier le puit aux hommes, et pour quelles raisons. Toi qui a vécu en Afrique, as-tu une idée de ce qui se passe là ?

Je me réjouis de te lire Smile
Reb
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Amitié,
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Amigo



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Messages: 97

MessagePosté le: Mer Juil 26, 2006 16:03    Sujet du message: hommes et femmes chez les Bayaka (et ailleurs ?) Répondre en citant

Bonjour, Rebecca,

Oui, j'ai une réponse : 1) creuser le puits était une affaire d'hommes, question de muscles 2) leur fierté n'aurait pas supporté que les femmes se mêlent de ce qu'ils avaient fabriqué ... la logique aurait voulu qu'ils entretiennent le puits comme ils l'avaient creusé, mais leur paresse ... !

Est-ce que ma réponse te convainc ? Salut !

Amigo
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Ph.Lestang
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MessagePosté le: Mer Juil 26, 2006 16:47    Sujet du message: Répondre en citant

Cher Amigo,

Merci et bravo pour ta description de cette situation africaine!
Dans ton livre, dont il serait bon de rappeler l'URL, tu avais décrit un cas où les hommes étaient très actifs pour construire un bâtiment...

Pour information, je viens de mettre un lien vers le texte ci-dessus dans mon site "Liens vers des pages web", http://plestang.com/pagesweb/.
Bravo encore!
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