Du terrorisme intellectuel à la recherche de la nuance

Nos sociétés vivent souvent sous le régime du terrorisme intellectuel: il y a les opinions admises, et celles qui n’ont pas le droit d’être énoncées. Ceci sur toutes sortes de sujets, variables selon les pays et les moments.

Il faut, à la télévision par exemple, que celui qui énonce une idée “non convenable” ait une stature très forte, ou encore une situation de minorité étiquetée comme telle, pour qu’il puisse s’exprimer; et encore, gare à lui s’il n’a pas une assurance suffisante!

Par crainte, que sais-je, du racisme, de l’homophobie, voire de la non reconnaissance des minorités, on ne peut pas énoncer d’affirmations qui sortent des idées “imposées”, ni vraiment débattre. Gare au noir “qui n’aime pas le manioc” et dont on dira qu’il est “noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur”; gare à celui qui dira qu’à son avis l’homosexualité n’est pas un comportement équivalent à l’hétérosexualité; à celui qui critiquera la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’état, etc.

Comme l’écrit Edgar Morin dans son livre “Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur” déjà évoqué sur http://www.approches.org/blog/ , il est important d’enseigner “l’éthique de la compréhension, (..) art de vivre qui nous demande (..) de comprendre de façon désintéressée (..), d’argumenter, de réfuter au lieu d’excommunier et d’anathémiser”.

J’ajouterai qu’il s’agit d’apprendre à affiner nos idées: si face à moi quelqu’un dit par exemple que “les jaunes sont différents des blancs” (exemple plus politiquement acceptable que celui où l’on écrirait “noir” à la place de jaune...), ce qui est en cause ici, c’est une généralisation abusive, la création d’une catégorie simplificatrice, “les blancs”, et d’une autre catégorie, “les jaunes”. 

La recherche de la nuance, c’est le remplacement de phrases trop absolues par des affirmations plus nuancées, et même si possible énoncées sous la forme d’une question, telle que: “N’y a-t-il pas des différences, dont il faudrait étudier la nature et éventuellement les raisons, entre un certain nombre de blancs et un certain nombre de jaunes?”
On imagine qu’une phrase de ce type ne serait pas évidente à faire passer dans une émission de télévision, sauf sans doute dans celles, si elles existent, où l’on cherche vraiment à réfléchir, et non à affirmer des ressentis et des passions.

Le 10-12-2005 à 12:01
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